Portrait : la première aventurière française qui est entrée à Lhassa

Alexandra David-Néel est une française originaire de Saint-Mandé. Cette exploratrice, écrivaine et orientaliste a vécu 101 ans, ce qui est un record en soi. Mais attendez de connaître son histoire, il n’y a pas de mots pour définir la vie de cette femme. Extraordinaire, fascinant et incroyable sont des euphémismes.

Youtube/MelodyNelson

Alexandra voit le jour en 1868 près de Paris. Son père est un libre penseur, sa mère une bigote avec qui elle ne s’entend pas du tout.

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Alexandra s’ennuie et fait plusieurs fugues. La petite a un caractère bien trempé, et cela ne va pas du tout changer avec le temps ! 

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Elle fréquente les milieux socialistes et anarchiques. À 20 ans, elle publie un pamphlet intitulé Féminisme Rationnel dans lequel elle décrit la position de la femme dans la société et son asservissement aux hommes. Son livre fait scandale en cette fin de siècle. 

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Elle adopte cette devise qui en dit long : "Marche comme ton coeur te mène, et selon le regard de tes yeux." Alexandra fréquente aussi des sociétés secrètes et devient franc maçonne. Elle s’inscrit à la Sorbonne et devient une des premières bouddhistes de Paris. 

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Dotée d’une voix de soprano, elle se fait repérer et on lui offre une place de cantatrice. Elle chante les plus grands : Faust, Manon. Elle va même écrire les paroles d’un opéra : Lydia.

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Elle écrit aussi son premier roman Le Grand Art à propos de sa vie de cantatrice, qui ne sera jamais publié. Un appel très fort la pousse à reprendre ses études et à abandonner cette carrière de spectacle. Ses recherches de documentaliste la passionnent et elle va désormais y consacrer tout son temps. 

Au début du siècle, elle fait une rencontre déterminante, celle de Philippe Néel. Cet ingénieur en chemin de fer à Tunis la charme et elle devient sa femme en 1904. La jeune femme impétueuse regrette bientôt sa décision. Elle n’aspire pas du tout à une vie bourgeoise comme lui, et après seulement quelques mois de vie commune, ils se séparent.

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Ils resteront cependant très proches, entretenant une correspondance assidue. Philippe répond toujours présent pour aider Alexandra, même à des milliers de kilomètres. Il finance ses voyages et il l’encourage dans ses expéditions toute sa vie. Elle réussit à le convaincre qu’elle a besoin de se rendre en Inde pour ses recherches. Elle y met les pieds pour la première fois en 1911. Dès lors, son âme d’exploratrice ne la quittera plus. Elle part pour un voyage de 13 ans.

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Alexandra, âgée de 43 ans fait route vers le Sikkim. Sur place, elle rencontre un homme qui va la présenter aux plus grands érudits. Il s’agit de Sidkéong Tulku, prince héritier et chef religieux, diplômé d’Oxford qui rêve de progrès pour son pays. Les recherches philosophiques et l’interêt de la jeune femme pour la culture orientale vont sceller entres eux une amitié indéfectible. 

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Alexandra continue d’écrire. Plus qu’un travail de collecte, elle s’applique à rendre compte de l’intérieur du fonctionnement de cette culture, et de la pensée orientale. Son étude est révolutionnaire. 

Alexandra arrive à la frontière du Tibet, pays où personne n’est autorisé à entrer. Son statut d’état indépendant n’est pas reconnu et les tensions diplomatiques dans cette zone sont extrêmes. 

Elle réussit à franchir la frontière et devient disciple de l’ermite le plus renommé de Sikkim. Elle passe deux hivers à vivre à 4 000 mètres d’altitude dans une caverne à flancs de montagne.

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Même l'ermite est impressionné et la qualifie de "meilleure porte-parole de la pensée bouddhique en occident". Mais les Anglais l'expulsent.

Alexandra se met ensuite en tête de se rendre à Lhassa, la vile interdite. Elle parcourt les montagnes, se perd dans des plaines gelées déguisée en mendiante pour ne pas se faire arrêter de nouveau, et arrive finalement à destination. Elle devient célèbre en 1925 pour être la première occidentale a avoir pénétré dans la ville interdite du Tibet.

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Dès son retour, les éditeurs s’arrachent son récit. C’est un succès époustouflant. Elle s'établit dans les Alpes, où elle écrit sur le bouddhisme.

Alexandra a 70 ans et son obsession pour l’Asie ne la quitte pas. Elle repart en Orient en 1941 et se retrouve au milieu de la guerre civile. Elle se réfugie chez des missionnaires et continue à écrire. 

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En 1941, elle reçoit un télégramme qui la plonge dans une tristesse profonde. Philippe Néel est décédé. Celui qu’elle appelle "son seul ami" la quitte. Mais Alexandra persiste, elle reste pour écrire et témoigner. 

La guerre fait rage et elle sera finalement rapatriée en Europe en 1945, par avion. 

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Les années passent, la solitude la ronge. À la veille de ses 91, elle cherche une dame de compagnie, pour l’accompagner dans ses derniers jours.

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Et là, nouveau rebondissement dans la vie de la fantasque d'Alexandra. Une étudiante de 29 ans, Marie-Madeleine Peyronnet, entend parler du travail.

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Cette étudiante se présente pour le poste, intimidée par ce regard magnifique et ce chignon blanc immaculé. La jeune femme n’a pas la langue dans sa poche et c’est ce qui plaît à Alexandra. Elle revit ! Elle lui raconte ses aventures, ses rencontres. Marie a du mal à y croire. Mais quand elle franchit le seuil de la maison de l’aventurière, elle tombe des nues.

L’intérieur est oriental, tous ses objets ramenés de ses voyages y sont entreposés, il fait sombre, c’est un véritable temple. 

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Des objets exotiques, que Marie n'a jamais vu de sa vie se découpent dans le noir. 

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Et ce n'est pas tout. Les souris et les araignées se sont emparées des lieux, car Alexandra, bouddhiste ne tue pas les animaux, même pas les insectes. La jeune femme a un véritable choc, mais en même temps, elle est fascinée par cette femme. Elle décide de rester quelques jours, juste pour voir.

Et, petit à petit, elle prend ses marques. Les deux femmes se lient d'amitié. Ce qui devait être un emploi de quelques mois se transforme en 10 ans de collaboration riches en écriture et en émotions. 

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Alexandra est toujours restée taquine malgré son grand âge. Et quand elle demande à Marie ce qu’elle dira d’elle après sa mort, elle n’est pas déçue : "Cette femme est un océan d’égoïsme et un Himalaya de despotisme". Alexandra s’illumine, satisfaite. Elle projette de voyager à nouveau et demande le renouvellement de son passeport. Hélas son esprit vif n'a pas le dessus sur son corps cette fois. Elle s’éteint en 1969, à 101 ans.

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En 1977, la fondation Alexandra David-Néel a vu le jour pour lui rendre hommage et conserver précieusement son travail. Sa maison de Digne-les-Bains a été transformée à cet effet.

Découvrez le destin hors du commun de cette femme en vidéo : 

L’histoire d’Alexandra est extraordinaire. Cette jeune femme, que rien ne prédestinait à devenir exploratrice, a vécu plusieurs vies en une. Pendant 20 ans, elle a parcouru l’Asie sans relâche, au péril de sa vie au nom de la connaissance. Le résultat ? Un formidable témoignage de la culture orientale et bouddhiste encore jamais produit. Vous pouvez découvrir la vie de ce personnage incroyable à travers deux expositions qui lui rendent hommage : du 22 février au 22 mai 2017 au Musée Guimet de Paris, et dans sa maison de Digne-les-Bains. Dépaysement assuré ! 

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